Daysinvichy – Preface

By Natacha Wolisnki
Translation by Gray Sutherland

Days and nights in Vichy

Vichy is a stage of display and a shadow theatre. Swedish photographer Anton Renborg has strolled by stately villas swaggering beneath an over-excess of ornament, and wandered up to mysterious, untidy houses that seem coiled up to hide the secrets lurking within. He has walked by faces bearing the marks of time, ghosts from the Belle Epoque, and has snapped bodies barely out of childhood yet already compelled to play adult games. He has opened doors that closed right ba   ck on him, gone up broad avenues and no-entry streets, and sipped at the well of the gaze of young girls in flower and the Fontaine des Célestins, whose mineral water lightens up the complexion of old men. He creates images of a city based at one and the same time on appearance and the concealed. Just a few images, a rare, multifaceted bouquet of photographs with bright notes and white pages, the missing shots of a city that can also be read in its recesses. Renborg builds stories out of images like musical scores, playing with the assonance of colours, the tempos of landscapes, the rhythms of architecture, to produce clean, unaffected photographs that act no less as catalysts of fiction.

Because Vichy only pretends to be asleep. Its parks shaded by lime trees and elms, the haughty banks of the Allier, the awnings, the neo-mediaeval, neo-renaissance follies, the wrought-iron curves and counter-curves, the Olympic pools, the eighteen-hole golf-courses, the miniature horse harnesses, all go to create a lovely décor. The day spreads a light serene over the spa city. By night, Vichy is another place altogether. The ballerina who spends every afternoon in classical ballet classes swings until dawn in a strip-joint. After midnight, cat-faced jockeys push open the doors of private clubs where the ladies’ smiles are more oppressive than champagne. Cloaked in solitude, dark David Lynchish figures wait in cafés with oriental-style wall paintings. After-parties are organized behind the closed screens of imperial villas. During the daytime, Anton Renborg maintains a certain distance from his subjects, but at night he draws closer to their bodies, casting a gentle, benevolent, totally non-judgmental gaze on these beings.

Days and nights, highs and lows, brightness and darkness, they are all swept into his vertical images, which almost always centre on the subject. There is not much opening out, no panorama at all. The city lives its secret stories in isolation. Illuminated by the bluish dream of its freshwater basins, Vichy admires itself in its upside-down reflections.

Par Natacha Wolinski
Francais, version originale

Days and nights in Vichy

Vichy est un lieu de parade et un théâtre d’ombres. Le photographe suédois Anton Renborg a longé des villas d’apparat, crâneuses sous l’excès d’ornements, approché des maisons closes et chétives, lovées sur leurs secrets. Il a croisé des visages marqués par le temps, fantômes de la Belle époque, et cadré des corps à peine sortis de l’enfance, déjà pressés de jouer à des jeux adultes. Il a entrouvert des portes aussitôt refermées, remonté des avenues larges et des sens interdits, bu à la source du regard des jeunes filles en fleurs et à la fontaine des Célestins, dont l’eau minérale éclaircit le teint des vieillards. Il livre les images d’une ville fondée simultanément sur le paraître et sur le caché. Quelques images seulement, un bouquet rare et syncopé de photos aux notes claires et de pages blanches, les clichés manquants d’une ville qui se lit aussi dans ses retraits. Anton Renborg construit ses récits en images comme des partitions. Il joue des assonances de couleurs, des tempos du paysage et des rythmiques architecturales. Il produit des photos nettes et sans affèterie, qui n’en sont pas moins des catalyseurs de fiction.

Car Vichy est une fausse endormie. Les parcs ombragés de tilleuls et d’ormes, les rives altières de l’Allier, les marquises, les folies néo-médiévales ou néo-renaissance, les courbes et contre courbes en fer forgé, les bassins olympiques, les golfs à dix-huit trous, les attelages de chevaux miniatures sont un beau décor. Le jour disperse une lumière sereine sur la cité thermale. La nuit, Vichy est autre. La ballerine qui suit chaque après-midi les cours du ballet classique chaloupe jusqu’à l’aube dans un club de strip-tease. Les jockeys à mine de chats poussent après minuit les portes de clubs privés où les sourires des dames sont plus onéreux que le champagne. Des silhouettes lynchiennes, capées de solitude, s’attardent dans des cafés aux fresques orientalistes. Des after party s’organisent derrière les volets clos des villas impériales. Anton Renborg tient ses personnages à distance le jour, mais se rapproche des corps la nuit, portant sur les êtres un regard doux et bienveillant, délivré de tout jugement.

Nuits et jours, hauts et bas, clartés et ténèbres s’engouffrent dans ses images verticales, où le sujet est presque toujours centré. Peu d’ouverture, pas de panorama. La ville vit en vase clos ses histoires chabroliennes. Luminée par le rêve bleuté de ses bassins d’eau douce, Vichy se mire dans ses reflets inversés.