L´Oeil de la Photographie – Feature – Zineland

Par Antoine Soubrier
Francais

« Pas de fumée sans feu », se dit sans doute un Suédois comme Anton Renborg, fraîchement débarqué dans les criques corses chauffées à blanc. Une langue gutturale, qui fait ressembler les phrases à des éboulements et un penchant pour les anses et les anfractuosités plus que pour les plages, voilà qui avive de lointaines réminiscences vikings…

Alors, chaque été, Anton Renborg revient et creuse son sillon dans la rocaille, décrypte les sourires de contrebande, scrute la steppe et ses thébaïdes. Son western a ceci d’elliptique qu’on n’en voit ni le héros ni l’ennemi, et que le moindre jeu, la moindre fête, a des allures farouches. A force d’obstination pourtant, à force d’enquête au milieu des fantômes mériméens, le grain de la roche volcanique contacte celui de sa photo et l’irrigue d’une rugosité évoquant le cinéma américain des années 70 et d’un air frondeur : comme celui des Tartares, le désert corse d’Anton Renborg a du caractère, mais son sens nous échappe.

L’île de Beauté, terreau à cartes postales, se fait alors champ d’incertitude. Indices collectés le long des routes, l’éclat de teintes mordorées résonne dans les noirs et blancs de Renborg avec déjà le timbre du souvenir. Au moment de conclure le recueil, le point de vue s’éloigne puis s’évanouit pour mieux justifier son titre, et faire de Notices de la Corse le manuel d’un démiurge contemplant sa péninsule comme l’architecte son amphithéâtre, ou le dompteur son arène.

By Antoine Soubrier
English

« There’s no smoke without fire », a Swede like Anton Renborg would say when landing for the first time in Corsican creeks under a blazing sun. A guttural language where words sound like crumbling rocks and a liking for coves and crevices rather than beaches: here is what brings back Viking reminiscence

Every summer, Anton Renborg comes back and digs deeper into the stone. He deciphers the smuggled smiles and peers into the steppe and its retreats. His western is an ellipse: neither the hero nor the enemy are to be seen and every single game or celebration seems on the verge of vanishing. Though with persistence and endless investigations through the wraiths of Mérimée’s characters/Merimean ghosts, the grain of the volcanic rock contacts the grain of his photographs and nurtures it with a coarseness reminding of American cinema in the Seventies and a sense of rebellion: like the desert of the Tartars, Renborg’s desert has personality but remains impenetrable.

Corsica, the land of postcards, becomes uncertain. The radiance of golden bronze glimmers reflects in Renborg’s blacks and whites like traces from the past gathered from the side of the roads. At the end of the collection, the point of view draws away and disappears for a better understanding of the title: Notices de la Corse is a demiurge’s guide to contemplate the island like an architect would gaze upon his amphitheatre or a lion tamer his arena.